96e Anniversaire de l'Armistice

ALLOCUTION DU MARDI 11 NOVEMBRE 2014
AU CIMETIERE NOUVEAU DE PUTEAUX
PROFESSEUR CLAUDE ZENOUDA
PRESIDENT DU CERCLE HUMANISTE DE PUTEAUX

 
Madame Joëlle Ceccaldi-Raynaud, Maire de Puteaux,
Monsieur Vincent Franchi, Conseiller Général des Hauts-de-Seine, Maire-Adjoint de Puteaux,
Mesdames et Messieurs les Maires-Adjoints et Conseillers Municipaux,
Mesdames et Messieurs les Présidents, Porte-Drapeaux et Membres des Associations d'Anciens Combattants,
Mesdames et Messieurs les Présidents des Associations,
Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

 

Nous célébrons aujourd'hui le 96e Anniversaire de l'Armistice du 11 novembre 1918.
L'armée 2014 marque Je Centenaire du début de la Première Guerre Mondiale, appelée la Grande Guerre, et nous rappelons la mémoire des morts de la Première et de la Seconde Guerres Mondiales et des Victimes de la Déportation(1).
Il y a à peine trois jours, samedi 8 novembre 2014 marquait une date historique qui s'impose. Car il y exactement 72 ans le dimanche 8 novembre 1942 a eu lieu le Débarquement des Alliés en Algérie, date oubliée de manière surprenante.
A la veille de ce 8 novembre 1942, quelle était la situation en Méditerranée? Les Allemands étaient à la porte de la Tunisie et dès Je Débarquement en Algérie, ils ont occupé la Tunisie; avec les S.S., des arrestations et des déportations ont eu lieu. L'Algérie était alors sous le régime de Vichy. Et c'est l'abolition du décret Crémieux qui avait donné la nationalité française à tous les Juifs d' Algérie(2). Cette abolition a entraîné immédiatement le renvoi des élèves juifs des écoles, collèges, lycées et université, avec un numérus clausus draconien.
Il est cependant à souligner que Madame Sainte-Marie, directrice de l'école maternelle d'Alger, rue Rochambeau au début du quartier de Bal-El-Oued, où j'ai été élève, n'avait pas appliqué strictement la mesure discriminatoire a été obligée dans un second temps de renvoyer des élèves. De plus, renvoi des fonctionnaires juifs, incarcération de beaucoup de personnalités juives et création de camps dans le sud constantinois et algérois, aux confins sahariens. Le recensement des Juifs avait été effectué et les cartes d'identité, avec le tampon «juif indigène» apposé, étaient prêtes dans toutes les mairies.
 
Un jeune homme alors en fin d'études de médecine, le docteur José Aboulker, plus tard professeur de médecine et neurochirurgien, était alors le chef de la Résistance d'Alger. Il a pu alerter le Commandement de la flotte américaine en Atlantique el a demandé d'urgence le Débarquement en Algérie, car les troupes nazies al laient envahir l'Algérie et toute la plateforme nord-africaine. Les Américains voulaient attaquer Alger directement en prenant le port. José Aboulker les en a dissuadés. Alger, dite «la Ville blanche», «Alger la blanche», se dit en arabe El Djezaïr, la Grande Ville avec des carrières d'argile qui permettaient une fabrication importante de briques, avec la colline de la Bouzaréa surmontée du Fort l'Empereur qui datait de l'époque de Barberousse et ses canons étaient braqués vers l'entrée du port. Des bancs rocheux à fleur d'eau, non visibles depuis les bateaux, encombraient l'arrivée sur le port qui n'était accessible aux navires que par un étroit chenal. Ayant eu connaissance de l'échec au XVIe siècle de Charles Quint et, en 1830, des conditions de la réussite de la flotte française, les Américains et les Britanniques se sont rendus à l'évidence, la géographie commandait la situation historique et ils ont débarqué, le dimanche 8 novembre 1942, à 30 km à l'ouest d'Alger sur la plage de Sidi-Ferruch et de sa forêt.
 
Vous comprendrez pourquoi ce rappel était important. Immédiatement, les enfants juifs ont pu regagner l'école laïque. Un certain nombre d'entre nous ici et surtout nos parents et grands-parents avons connu cette époque. Des morts, malheureusement, ont été dénombrés pour la libération d'Alger et d'autres villes et le capitaine Pilafort, en contact avec les Résistants, a été parmi les premières victimes. Il est à noter que quelques monarchistes comme d'Astier de la Vigerie ou Bonnier de la Chapelle ont soutenu les Résistants.
 
Un paquebot en provenance de Marseille devait accoster en fin de matinée en Alger et son commandant, un vichyssois, a entendu à la radio la nouvelle du Débarquement à Alger. Il a donné l'ordre de faire demi-tour, car il ne voulait pas que son navire tombât entre les mains des F.F.L., des Forces Françaises Libres et des Alliés et il a regagné Marseille. La zone sud, zone libre, a été immédiatement occupée. Le père de mon ami d'enfance au lycée Bugeaud d'Alger, passager de ce bateau, est remonté à Lyon, il y a été arrêté et il est mort en déportation près de Vilna.
 
Donc à partir du Débarquement en Algérie, les Forces Française Libres, les zouaves, les tirailleurs algériens, les tirailleurs sénégalais, les tabors marocains et les Alliés ont libéré la Tunisie, puis ont débarqué en Sicile, en Italie, les Français ont remporté les batailles du Garigliano et de Monte Cassino, ont débarqué en Corse où il est à signaler que les Juifs de Corse n'ont pas été arrêtés et déportés, car ils ont été cachés dans des familles ou envoyés dans le maquis corse.
 
Il est à noter qu'à Puteaux des enfants pris dans leur école ont été déportés, leurs noms figurent sur une plaque à l'entrée de l'école Marius Jacotot. Je rappellerai la mémoire de Gaston Garino, Maire-Adjoint de Puteaux, entré très jeune dans la Résistance. Il m'avait dit que sa mère était concierge dans une maison du XVIIIe arrondissement de Paris, rue de la Goutte d'Or, et qu'une famille juive y habitait. Madame Garino n'a pas parlé et cette famille a été épargnée grâce à elle. Cette action aurait mérité qu'elle reçoive le titre de Juste parmi les Nations, mais Gaston Garino n'avait ni le nom, ni aucun document.
  
Il y a eu heureusement des actions héroïques. Après le Débarquement en Corse, ce fut le Débarquement en Provence en août 1944. La bataille de Stalingrad, en 1942, fut le premier tournant à l'Est et le 8 novembre 1942 aura été le deuxième tournant de la guerre à l'Ouest; pas de débarquement du 8 novembre et tout était compromis. Le 6 juin 1944, le Débarquement en Normandie, troisième tournant de la guerre et non le deuxième tournant, malgré les innombrables victimes, a pu réussir grâce au Débarquement en Provence. Les Allemands ont dû rapidement se retirer pour ne pas être totalement encerclés, pris dans la tenaille nord-sud, mais les Nazis pendant la retraite ont commis des atrocités, rappelons le martyr d'Oradour-sur-Glane où la population a été enfermée dans l'église et a été mitraillée, il n'y eut seulement que quelques survivants et le village a été incendié. Le village protestant de Chambon-sur-Lignon a accueilli des enfants juifs avec leur encadrement pendant plusieurs mois, malheureusement la dénonciation par un seul habitant et ce fut la déportation sans retour. Ce village est le symbole des Justes parmi les Nations.
 
En Algérie, José Aboulker a été fait, par le Général de Gaulle, Compagnon de la Libération(3), et il y a eu création des Compagnons du 8 novembre.
 
Tout à l'heure au Monument de la Shoa sera dite une prière à la mémoire de toutes les victimes quelques soient leurs options religieuses ou philosophiques, qu'elles soient croyantes ou incroyantes, composées de catholiques, protestants, musulmans, juifs, agnostiques ou athées.
 
Notre pensée va vers toutes les victimes combattantes et civiles et notre reconnaissance envers elles et envers les survivants dont certains sont aujourd'hui présents ici à Puteaux. Je vous remercie de votre attention».

 

Professeur Claude Zenouda
Docteur en géographie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour aller plus loin
José Aboulker, La Victoire du 8 11 novembre 1942 : La Résistance et le débarquement des Alliés à Alger, préface de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Paris, éditions du Félin, 2012, 637 p.
Christine Levisse-Touzé, L'Afrique du Nord dans la guerre, 1939-1945, Paris, Albin Michel, 1998,467 p.

 

(1) Le 11 novembre célèbre à la fois l'Armistice du 11 novembre 1918, la commémoration de la Victoire et de la Paix, et rend hommage à tous les morts pour la France.
 
(2) Promulgué le 24 octobre 1870, ce décret déclare citoyens français les «israélites indigènes des départements de l'Algérie»· Adolphe Crémieux, avocat, homme politique, président du Consistoire central et de l'Alliance Israélite Universelle, est ministre de la justice de septembre 1870 à février 1871. Ce décret est abrogé par le gouvernement de Vichy dès le 8 octobre 1940, soit le lendemain de la promulgation du «statut des juifs» le 7 octobre 1940.
 
(3) Voir la fiche biographique de josé Aboulker établie par l'Ordre de la Libération, disponible sur:
www.ordredelaliberation.fr/fr_compagnon/1042.html (consultée en novembre 2014).
 

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